Bilan de l’hiver 2019-2020 sur le littoral aquitain 19 mai 2020

Bien que l’hiver 2019-2020 ait été globalement moins intense que l’hiver mémorable de 2013-2014, il a conduit à une position du pied de dune proche de celle relevée après l’hiver 2013-2014 et des niveaux de plage extrêmement bas sur de nombreuses communes telles que Vendays-Montalivet, Soulac-sur-Mer, La Teste-de-Buch, Biscarrosse ou Mimizan.

Caractéristiques et bilan global de l’hiver 2019-2020

Si l’on se réfère aux dix dernières années, l’hiver 2019-2020 compte parmi les plus énergétiques et celui dont le caractère érosif est le plus important après l’hiver 2013-2014. Le début de la saison 2019-2020 a démarré très fort avec la succession de quatre tempêtes de novembre à décembre (Amélie, Sébastien, Atiyah et Fabien). Puis, les conditions ont été globalement plus clémentes début 2020 jusqu’à la tempête Ciara début février, suivie de conditions de houle énergétiques (Hs > 3 m) de manière quasi continue jusqu’à début mars. Cette séquence s’est traduite par exemple à Soulac-sur-Mer par des évènements à indice érosif majoritairement fort à sévère en début de saison puis majoritairement moyen en fin de saison.

Evolution du 1er octobre 2019 au 20 avril 2020 du cumul d’énergie des vagues et du nombre de jours par classe d’indice érosif (maximum journalier de moyen à sévère) à Soulac-sur-Mer. Réalisé à partir des données MARC de l’Ifremer (best-estimates). Comparaison à la saison 2013-2014
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Crédit image : Observatoire de la Côte Aquitaine

L’impact cumulé de ces évènements observés sur le terrain est hétérogène sur le littoral aquitain, les secteurs les plus touchés étant le nord Médoc, l’embouchure du Bassin d’Arcachon et le nord des Landes. Plus précisément, on relève les impacts suivants :

  • une absence de recul significatif des fronts dunaires et seulement un abaissement des plages sur les communes de Lacanau, Le Porge, Hossegor, Ondres et Tarnos.
  • des reculs modérés de l’ordre de 1 m sur les communes du Verdon-sur-Mer, Grayan-et-l’Hôpital, Hourtin, Carcans, Saint-Julien-en-Born, Lit-et-Mixte, Vielle-Saint-Girons, Messanges, Seignosse et Labenne.
  • des reculs généralisés ou des entailles dunaires de l’ordre de 1 à 5 m sur les communes de Lège-Cap-Ferret, Mimizan et Moliets-et-Maâ,
  • des reculs généralisés ou des entailles dunaires de l’ordre de 5 à 10 m sur les communes de Vendays-Montalivet (front de mer), Biscarrosse (plage centrale) et Capbreton (plage du Santocha) et de plus de 10 m sur les communes de Soulac-sur-Mer (plage sud) et de La Teste-de-Buch (plages de la Lagune et de la Salie).
  • L’impact érosif de ces évènements a été maximal sur la plage de la Lagune à La Teste-de-Buch avec un recul cumulé de l’ordre de 20 m.
La plage de La Lagune à La Teste-de-Buch le 16 mars dernier
Crédit photo : ONF
La plage de Biscarrosse au niveau du Grand Hôtel le 24 mars dernier
Crédit photo : ONF
Cartographie du recul cumulé du pied de dune et de l’impact érosif cumulé causés par les tempêtes et grandes marées de la saison hivernale 2019-2020 sur le littoral aquitain. Cette cartographie a été générée par la compilation des observations de terrain des membres du Réseau tempêtes de l’OCA
Crédit image : Observatoire de la Côte Aquitaine

L’hiver 2019-2020 aura été moins énergétique que l’hiver 2013-2014. Toutefois, celui-ci a conduit à une position du pied de dune proche de celle relevée après l’hiver 2013-2014 sur de nombreuses communes de la côte sableuse. Néanmoins, les reculs cumulés de cet hiver semblent être en moyenne plus faibles et moins généralisés qu’en 2013-2014, certaines communes comme Lacanau ayant été épargnées. L’hiver 2019-2020 aura donc eu un impact fort sur le littoral aquitain mais de manière hétérogène, les secteurs les plus impactés étant le nord Médoc, le littoral au nord et au sud de l’embouchure du bassin d’Arcachon et le nord des Landes. La position du pied de dune atteinte en fin d’hiver illustre la tendance érosive à l’échelle interannuelle sur ces secteurs au-delà du recul saisonnier. Une attention particulière devra être portée sur le réengraissement des plages au cours de la saison estivale afin d’anticiper une aggravation de la situation lors de la prochaine saison hivernale.

Le bilan de cet hiver 2019-2020 a été réalisé grâce au Réseau tempêtes de l’OCA. Émanation de l’Observatoire de la Côte Aquitaine (OCA), le Réseau tempêtes a pour mission la surveillance du littoral face aux évènements érosifs. À l’heure actuelle, il déploie une organisation technique et humaine sur les 350 km de côte de l’ex-région Aquitaine pour informer sur les impacts potentiels des tempêtes, observer et mieux comprendre leurs conséquences (cf rapport en bas de page).

La tempête Amélie (2 - 3 novembre 2019)

La tempête Amélie a atteint la côte de Nouvelle-Aquitaine dans la nuit du 2 au 3 novembre. Des vents violents ont été constatés sur toute la façade avec un record (rafale) à 162 km/h au Cap-Ferret. Les conditions ont généré de fortes vagues de hauteur moyenne de 6 à 9 m à la côte. Néanmoins, cet évènement est intervenu lors de faibles coefficients de marée (44-51). Les remontées terrain du Réseau tempêtes pour cet évènement n’ont pas montré d’impact significatif. En matière de submersion, on relève quelques débordements au Teich dans le bassin d’Arcachon. En matière d’érosion, Amélie a provoqué une faible érosion des plages sans recul significatif du trait de côte sur la côte landaise et un recul d’environ 2 m sur la zone du belvédère au Cap-Ferret. Un important transport éolien du sable a été constaté.

Cartographie du recul observé à la suite de la tempête Amélie les 2 et 3 novembre 2019
Crédit image : Observatoire de la Côte Aquitaine

Page Amélie de la BD-Tempête

La tempête Sébastien (26 - 27 novembre 2019)

La tempête Sébastien s’est déroulée dans la nuit du 26 au 27 novembre. Des vents moyens de 60-70 km/h ont été mesurés au Cap-Ferret, avec des rafales comprises entre 80 et 109 km/h. Des hauteurs de vagues moyennes jusqu’à 5 m ont été enregistrées par la bouée au large du Cap-Ferret. Cet évènement a coïncidé avec une marée de vive-eau (coeff. 99) atteinte vers 5 heures du matin le 27. Les niveaux élevés atteints pendant cet évènement ont conduit quelques débordements et/ou franchissements observés dans le bassin d’Arcachon à Andernos-les-Bains et Biganos. Par ailleurs, une forte érosion des fronts dunaires dans le Nord Médoc (Montalivet-Soulac) et sur certaines plages de La Teste-de-Buch (plages de La Lagune et La Salie) et de Biscarrosse (plage centrale et plage des Viviers) a été observée.

Cartographie du recul observé à la suite de la tempête Sébastien les 26 et 27 novembre 2019
Crédit image : Observatoire de la Côte Aquitaine

Page Sébastien de la BD-Tempête

La tempête Atiyah (12 - 14 décembre 2019)

En marge de la tempête Atiyah, des vents violents ont touché la côte aquitaine du 12 au 14 décembre. Des vents moyens de 45-90 km/h ont été mesurés au Cap-Ferret, accompagnés de rafales comprises entre 60 et 125 km/h. Des hauteurs de vagues jusqu’à 7 m ont été enregistrées au large du Cap-Ferret. Cet évènement a coïncidé avec des marées de vive-eau (coeff. 85-87), et une pleine mer vers 5 heures du matin le 13. Lors de ce troisième évènement,, la dynamique érosive a continué et s’est également étendue aux plages nord de La Teste-de-Buch (secteur des Gaillouneys, dune du Pilat et plage de la Corniche), aux plages sud de Biscarrosse (secteur DGAEM) et localement sur certains fronts dunaires du Cap-Ferret (plage de l’Horizon et plage des Dunes). Ailleurs sur le littoral aquitain, seuls des abaissements de plages et des faibles atteintes dunaires par le jet de rive ont été constatés. Par ailleurs, de légères submersions marines et des dégâts sur certains ouvrages ont été constatés sur le bassin d’Arcachon (jetée d’Andernos-les-Bains, digues des prés salés de La Teste-de-Buch).

Secteur de l’Amélie à Soulac-sur-Mer après le passage de la tempête Atiyah
Crédit photo : Communauté de communes Médoc Atlantique
Cartographie du recul observé à la suite de la tempête Atiyah du 12 au 14 décembre 2019
Crédit image : Observatoire de la Côte Aquitaine

Page Atiyah de la BD-Tempête

Tempête Fabien (21 - 22 décembre 2019)

La tempête Fabien a balayé l’ensemble de la façade atlantique les 21 et 22 décembre. Les maximums de vents ont été relevés au Cap-Ferret et à Saint-Jean-de-Luz avec des rafales de 148 km/h. Des hauteurs de vagues moyennes entre 5 et 9 m au pic ont été enregistrées à Saint-Jean-de-Luz et au large du Cap-Ferret. Cet évènement s’est déroulé lors de faibles coefficients de marée (64 à 68), avec un pic d’intensité au moment de la pleine mer tôt le matin du 22/12. Ce dernier évènement tempétueux de l’année 2019 a lui aussi fortement impacté le littoral aquitain avec de nouveaux reculs généralisés de certains fronts dunaires de plusieurs mètres dans le Nord Médoc, sur la façade océane du Cap-Ferret et sur les plages de La Teste-de-Buch, Biscarrosse et Capbreton. De nombreuses entailles dunaires se sont également formées localement sur le littoral landais de Saint-Julien-en-Born à Seignosse et sur le littoral girondin de Naujac-sur-Mer à Hourtin.

La plage du Wharf, à La Teste-de-Buch, le 22 décembre dernier pendant la tempête Fabien
Crédit photo : ONF
Cartographie du recul observé à la suite de la tempête Fabien les 21 et 22 décembre 2019
Crédit image : Observatoire de la Côte Aquitaine

Page Fabien de la BD-Tempête

Tempête Ciara (9 - 10 février 2020)

La tempête Ciara est passée au nord de la France du 9 au 10 février. Des vents moyens inférieurs à 60 km/h ont été mesurés au Cap-Ferret, accompagnés de rafales maximales autour de 80 km/h. Des hauteurs de vagues moyennes de 5 m ont été enregistrées au pic au large du Cap-Ferret. Cet évènement a coïncidé avec des marées de vive-eau (coeff. 103-108). Le pic d’intensité des vagues s’est produit lors de la pleine mer le matin du 11/02. Après la tempête Ciara, des reculs importants ont de nouveau été constatés sur les secteurs les plus fragilisés (Nord Médoc, La Lagune à La Teste-de-Buch, Biscarrosse-Plage, et La Lette Blanche) mais aussi des abaissements de plage et des coups de cuillère sur le littoral des Landes. Des franchissements de paquets de mer ont engendré des dépôts de sable sur la Grande Plage de Biarritz.

Secteur de la DGA EM à Mimizan après le passage de la tempête Ciara
Crédit photo : ONF
Cartographie du recul observé à la suite de la tempête Ciara les 9 et 10 février 2020
Crédit image : Observatoire de la Côte Aquitaine

Page Ciara de la BD-Tempête

En savoir plus sur le Réseau tempêtes de l’Observatoire de la Côte Aquitaine

Un bilan plus détaillé de l’hiver 2019-2020 est disponible dans la note ci-dessous ainsi que de nombreuses photos récoltées durant l’hiver.

Le dispositif de surveillance érosion

La veille sur les prévisions météo-marines et la mise en alerte du Réseau tempêtes repose sur un dispositif qui calcule quotidiennement l’évolution spatio-temporelle d’un indicateur caractérisant l’impact érosif potentiel dans les 5 jours à venir. Cet indicateur, appelé indice érosif, est déterminé localement le long de la côte en croisant les prévisions opérationnelles de vagues et de niveau marin (issues des plateformes opérationnelles Data.shom.fr ou marc.ifremer.fr) avec l’altitude du pied de dune, du pied de falaise ou du sommet d’ouvrages de protection selon les secteurs (issues des données LiDAR OCA/IGN).

L’indice érosif est calibré de sorte qu’il puisse être distribué selon les 5 classes présentées ci-dessous et pour lesquelles les impacts érosifs attendus sont décrits :

  • SÉVÈRE : Sur la côte sableuse, le pied de dune est atteint et des reculs importants du trait de côte sont à prévoir. Sur la côte rocheuse, le pied de falaise ou les ouvrages de haut de plage sont atteints et des déstabilisations sont susceptibles de se produire.
  • FORT : Sur la côte sableuse, le haut de plage subit les assauts de l’océan et des reculs importants du trait de côte sont possibles. Sur la côte rocheuse, la plage est fortement sollicitée et les vagues peuvent générer des impacts en pied de falaise.
  • MOYEN : Les impacts attendus se concentrent sur la plage. Risque de décaissement et d’abaissement du niveau de la plage.
  • FAIBLE : Les impacts attendus se concentrent sur la plage. Si présentes, les bermes sont susceptibles de disparaitre.
  • NÉGLIGEABLE : aucun impact érosif à prévoir

Le dispositif génère quotidiennement un bulletin présentant les évolutions de l’indice érosif calculé par l’OCA et les prévisions marines dans les 5 jours à venir. Ce bulletin « surveillance érosion » est diffusé aux membres du réseau quand un certain seuil de l’indice érosif (différencié par utilisateur) est dépassé.

Cartographie de l’indicé érosif prévu pour la tempête Atiyah par le dispositif surveillance érosion le mercredi 11 décembre 2019. Extrait du bulletin de prévision de l’aléa érosion n° 32
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Crédit image : Observatoire de la Côte Aquitaine

Si un évènement fait l’objet d’une mobilisation du réseau sur le terrain et de remontées d’observations, un synthèse de l’impact érosif sur le littoral aquitain est produite par les experts de l’OCA.

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