La plus haute dune d’Europe gagne en hauteur 5 août 2016

109 mètres. Telle est la hauteur, relevée en 2016, du monument naturel exceptionnel que représente la dune du Pilat. Son évolution vient d’être étudiée dans le cadre des actions de suivi menées par l’Observatoire de la Côte Aquitaine depuis 2002. Explications.

Les experts de l’Observatoire de la Côte Aquitaine (OCA) arpentent chaque année les sommets de la dune du Pilat, un « tas de sable » devenu monument naturel exceptionnel par ses dimensions et son évolution. Depuis 2002, l’Observatoire de la Côte Aquitaine mène des études topographiques et de photos interprétations afin de comprendre les différents processus d’évolution de la dune [1]. Au nombre de deux, ils forgent la dune au fur et à mesure des années :

  • le phénomène d’érosion / accrétion [2] : actif au niveau du trait de côte [3]. (soit l’espace de jonction entre la terre et la mer) ;
  • le phénomène dit d’avancée dunaire : principalement causé par les vents dominants (Ouest) qui transportent chaque jour des millions de grains de sable.

Une dune très mobile

Crédit : Observatoire de la Côte Aquitaine

Les valeurs suivantes correspondent à des moyennes mais la durée évolue chaque année plus ou moins fortement selon des conditions météorologiques et marines diverses.

La dune du Pilat culmine, en 2016, à 109,2 mètres dans sa partie centrale contre 108,9 mètres en 2011. L’OCA a évalué le déplacement de la dune entre 2011 et 2016. Cette dernière évolue selon une vitesse variable de 2 à 10 mètres du Nord au Sud.

Depuis 2011, les changements notables concernent le trait de côte. Son évolution se divise en trois secteurs :

  • Le Nord : cela correspond aux 400 premiers mètres de la dune, marqués par une très forte érosion de 4 mètres par an en moyenne (cf photo d’interprétation).
  • Le Sud : sur plus d’un kilomètre, l’érosion moyenne se situe autour de 2 mètres par an.
  • La partie centrale : elle avance vers la mer de 1,5 mètre par an en moyenne.

A noter que la crête n’est pas le témoin général de l’évolution de la dune. Celle-ci peut rapidement se déplacer (avancer ou reculer) au gré du vent, sans toutefois témoigner directement de son avancée vers la forêt. Un suivi photos régulier permet de faire ressortir simplement l’évolution de la dune grâce à des points de comparaison.

Crédit : Observatoire de la Côte Aquitaine

Trois arbres, distinguables en 2011, montrent la progression de la dune sur la forêt. Ils ont peu à peu été ensablés, avant de mourir et presque disparaître sous le sable.

Crédit photo : Observatoire de la Côte Aquitaine

Sur ces clichés (sources : Observatoire de la Côte Aquitaine, Le Collen, ULM Sud Bassin, E. Samin), la forte érosion de la dune nord est très marquée. La ligne de glissement est accentuée, avec une accumulation en pied de dune. Le paélosol (sol ancien formé dans des conditions de climat et de végétation différentes de l’actuel et enterrés sous les dépôts épais plus récents) a disparu sous le sable plus mobile. Les végétaux en surplomb se retrouvent arrachés par l’océan et une microfalaise est apparue en haut de la dune.

[1Une dune est une accumulation de sable édifiée par un agent de transport. On distingue les dunes éoliennes (édifiées par le vent) des dunes sous-marines (édifiées par les courants ou la houle). Une dune parabolique est une dune en croissant, la partie concave étant orientée face au vent.

[2L’érosion correspond à un ensemble de phénomènes externes qui, à la surface du sol ou à faible profondeur, modifient le relief par enlèvement de matière solide. On distingue deux grands types de phénomènes dont, le plus souvent, les effets s’additionnent :

  • les processus chimiques avec altération et dissolution par les eaux ou moins chargées de gaz carbonique. Ces phénomènes dominent, par exemple, dans la formation des modelés karstiques ;
  • les processus physiques ou mécaniques avec désagrégation des roches et enlèvement des débris par un fluide, d’où les distinctions entre les érosions éolienne, fluviatile, glaciaire, marine.

[3Le SHOM (Service hydrographique et océanographique de la Marine) définit le trait de côte comme le niveau des plus hautes mers dans le cas d’une marée de coefficient 120 et dans des conditions météorologiques normales : pas de vent du large, pas de dépression atmosphérique. Néanmoins, dans le cadre des travaux de l’OCA, une définition plus pratique du trait de côte est adoptée, répondant à des critères géomorphologiques permettant de faciliter sa cartographie en Aquitaine.

Pour la côte sableuse : séparation entre la dune et la plage correspondant, selon la configuration géomorphologique, à l’un ou plusieurs des indicateurs suivants :

  • pied de falaise dunaire ;
  • rupture de pente topographique ;
  • limite de végétation dunaire ;
  • ouvrage de protection longitudinal.

Pour la côte rocheuse : séparation entre la falaise et l’estran correspondant, selon la configuration géomorphologique, à l’un des indicateurs suivants :

  • sommet de falaise rocheuse ;
  • pied de falaise rocheuse (si mesure du sommet délicate, dépend de la méthode de mesure) ;
  • ouvrage de protection longitudinal ;
  • mêmes indicateurs que pour la côte sableuse, si le site étudié est en fond de baie.

Pour les zones humides côtières vaseuses (marais maritimes, lagunes, lacs, estuaires, etc.) : limite entre le schorre et la végétation continentale.