Côte basque : retour sur l’éboulement survenu à Urrugne sur la Corniche basque 18 novembre 2020

Un éboulement de falaise s’est produit, le jeudi 29 octobre dernier, à l’ouest du lieu-dit des Viviers basques, le long de la route de la Corniche à Urrugne. L’Observatoire de la Côte Aquitaine (OCA) a été sollicité par la Communauté d’agglomération Pays basque afin d’effectuer une inspection visuelle de l’instabilité et apporter des recommandations en matière de sécurisation des enjeux présents (sentier du littoral en premier lieu).

Tout au long de la journée du 29 octobre dernier, de nombreuses personnes étaient venues observer la vague de Belharra depuis le sentier du littoral bordant la route de la Corniche. En fin d’après-midi, un éboulement de falaise s’est produit, au droit du parking, à l’ouest du lieu-dit des Viviers basques à Urrugne et a impacté la plateforme du sentier du littoral. Fort heureusement, aucune victime ne fut à déplorer.

Un particulier, présent sur site au moment de l’événement, a réalisé un survol drone de la portion de falaise impactée et quelques prises de vues à la demande de la police municipale, permettant de mieux se rendre compte de l’éboulement.

Éboulement (encadré) de la Corniche à Urrugne, photographié à 17h41, par drone, peu de temps après sa survenance le jeudi 29 octobre 2020. La marée était haute à 15h16. Le niveau atteint par les vagues est indiqué par les flèches noires à mi-falaise (limite de mouillage)
Crédit photo : Yannis Comte

Dans le cadre de sa mission d’appui pour l’Observatoire de la Côte Aquitaine (OCA), le BRGM a été sollicité, le 5 novembre 2020, par la Communauté d’Agglomération Pays Basque (CAPB), afin d’effectuer une inspection visuelle de l’instabilité. Les objectifs de la mission étaient :

  • d’identifier si possible la cause du phénomène ;
  • d’évaluer le niveau de risques résiduels  ;
  • et si nécessaire, d’établir des recommandations en matière de sécurisation.

L’expertise s’appuie sur des reconnaissances visuelles réalisées les 5 et le 6 novembre 2020, depuis le pied et le sommet de falaise, ainsi que sur les données et informations disponibles provenant notamment des suivis opérés par l’OCA sur le site d’étude. La mission a pour partie été réalisée en présence de représentants de la CAPB et du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques.

Du point de vue géologique, la Corniche basque est un grand monoclinal [1] dans la série du flysch Crétacé supérieur. Cette série sédimentaire présente de forts contrastes lithologiques avec une alternance de strates de marnes calcaires dures et de niveaux marneux meubles. Sur le site d’expertise, les couches présentent un pendage orienté vers l’océan, de l’ordre de 30°.

Position de l’éboulement au nord-ouest du parking de la crique des Viviers basques
Crédit photo : orthophotographie IGN

L’événement, survenu le 29 octobre, a concerné un volume total (masse éboulée et compartiments partiellement décrochés et instables) estimé entre 2 000 m3 et 2 500 m3.

D’après le diagnostic réalisé par l’OCA, l’instabilité trouve son origine probable dans plusieurs facteurs de prédisposition et/ou aggravants, notamment :

  • un sous-cavage important, en pied de falaise ;
  • une dégradation de la dalle qui soutenait la falaise ;
  • une fragilité des interbancs argilo-marneux, liée à la pluviométrie des jours précédents ;
  • une falaise compartimentée par des discontinuités tectoniques ;
  • et un épisode de fortes vagues, en pied de falaise.

Les risques liés à cet effondrement sont le décrochement à venir des compartiments de la falaise mis en instabilité (à l’est, à l’ouest et la falaise elle-même) et un recul de la tête de la falaise encore accentué.

Sur la base du diagnostic établi par l’OCA, les mesures de sécurisation suivantes ont été recommandées à la CAPB et au Département :

  • la fermeture du sentier du littoral, sur un linéaire minimum de 100 m, centré sur la zone d’instabilité récente ;
  • la matérialisation de l’interdiction d’accès et le renforcement des mesures d’information du public à propos des risques de mouvements de terrain ;
  • la mise en place d’un suivi topographique par drone hebdomadaire puis mensuel combinant suivi topographique de points en tête de falaise et prises de vue ;
  • et l’étude complète de la zone grâce à des levés photos de haute résolution et des mesures lidar.

L’avis technique est accessible dans la note ci-dessous.

[1Un monoclinal est une structure caractérisée par un pendage constant et de même sens sur une grande étendue géographique.