A mi- saison hivernale et avant les grandes marées de mars, quel état pour les plages en Aquitaine ? 13 mars 2019

Après le passage de plusieurs dépressions hivernales depuis la fin du mois de décembre, l’état des plages reste de façon générale plutôt stable en ce milieu de saison. Une diminution de l’altitude des plages a été observée sur une grande partie du littoral sableux mais elle reste surtout marquée sur le bas des plages. Dans les zones où ce phénomène est plus important, des paléosols apparaissent de façon ponctuelle. Ainsi, les érosions hivernales touchent essentiellement les zones réputées sensibles, soit les communes de Soulac-sur-Mer, Vendays-Montalivet, la Pointe du Cap-Ferret, La Teste-de-Buch et Biscarrosse. Le front de mer de la station balnéaire landaise est particulièrement impacté avec des érosions proches de la situation connue lors des tempêtes de l’hiver 2013-2014.

Le bilan de l’état des plages à mi- saison hivernale (l’action des houles hivernales s’étend généralement de novembre à avril) a été établi grâce à la remontée d’informations de la part des observateurs de l’ONF et du BRGM (tous deux opérateurs techniques de l’Observatoire de la Côte Aquitaine) mais aussi des membres du Réseau Tempêtes de l’OCA, en particulier le SIBA, le laboratoire EPOC, le Syndicat mixte de la Grande Dune du Pilatet les porteurs de stratégies locales de gestion de la bande côtière (e.g. la CDC Médoc Atlantique, la CDC Grands Lacs, Capbreton, la Communauté d’agglomération du Pays Basque…).

En Aquitaine, les plages ont généralement perdu du sable notamment au niveau de l’estran (zone située entre les limites de haute et de basse mer) où l’on voit apparaître ponctuellement des paléosols [1]. Des périodes de houles constructrices en régime anticyclonique (de fin décembre à mi-janvier, et sur la dernière décade de février) ont permis de recharger temporairement les plages et de limiter l’impact des événements tempétueux (notamment les tempêtes Gabriel 27-29 janvier et Freya 3-4 mars 2019). La majeure partie des coups de mer de cet hiver est arrivée par coefficients de marée faibles à moyens. Les érosions sont donc relativement rares et restent localisées dans les zones connues pour leur sensibilité aux phénomènes érosifs.

Nord Médoc

Le littoral et les plages du Nord Médoc ont globalement bien résisté aux événements hivernaux sauf dans les secteurs en érosion chronique tels que la commune de Soulac-sur-Mer. Les rechargements en sable effectués face à certains enjeux de la commune ont évité l’amplification du phénomène d’érosion. Au sud de la commune, dans le secteur de l’Amélie, l’abaissement du niveau des plages s’est illustré par l’apparition de sols fossiles au niveau de l’estran. Des reculs du trait de côte de 2 à 3 mètres ont été constatés.

Plus au sud, au niveau des communes de Grayan-l’Hôpital et de Vensac (Anse du Gurp), les hauts de plage sont relativement riches en sable. Les érosions dunaires sont absentes même si l’océan vient effleurer régulièrement le pied de dune.

De Vensac à Vendays-Montalivet, les plages sont globalement plates et caractérisées par l’apparition de sols fossiles et l’absence d’amas sableux en pied de dunes. Des érosions ponctuelles de faible intensité affectent le littoral, notamment au niveau de la dune artificielle créée au niveau de la station de Montalivet. Au nord de ce secteur, de nombreux galets sont présents sur la plage traduisant un niveau relativement bas de la plage et la dynamique sédimentaire particulière de ce site.

Plus au Sud, sur la commune d’Hourtin, les plages présentent généralement un profil encore bombé avec la présence de coins sableux prononcés. Les rares cas d’érosion concernent ces accumulations de sable en pied de dunes où l’océan creuse des marches de faibles hauteurs.

Sur les communes de Carcans et Lacanau, une perte plus ou moins marquée de sable est observée avec l’apparition ponctuelle de paléosols, notamment au niveau de l’estran. Ces diminutions d’altitude aboutissent parfois à la formation de marches d’avant-dunes.

Illustration d’une marche d’avant-dune à Lacanau
Crédit photo : ONF

Le contexte est particulièrement favorable entre le sud de Lacanau et la zone du Truc-Vert à Lège-Cap-Ferret, où les plages se maintiennent bien grâce à l’apport de sable amené par la houle durant la période anticyclonique du mois de février.

Nord Bassin

Au niveau de l’extrême Pointe du Cap-Ferret, le niveau des plages est resté stable au mois de février grâce au maintien d’un crochon sableux au niveau de la dune amoindrie, régulièrement rechargée en sable. Entre cette dune et la pointe, sur un linéaire d’environ 100 mètres, l’érosion reste continue mais de faible intensité.

Sud Bassin

De La Teste-de-Buch au nord de Biscarrosse, les plages sont relativement basses. Cependant, à La Salie Nord, l’état de la plage est particulièrement exceptionnel pour la saison, puisqu’elle présente une berme [2] d’environ 1 m à 1,2 m de haut, avec une crête continue en forme de croissants, forme sédimentaire habituellement caractéristique de fin d’été. La période anticyclonique du mois de février a souvent eu un effet positif sur les plages, permettant la formation de profils bombés en haut de dunes et/ou l’atténuation de microfalaises.

Profil de plage bombé grâce aux apports de sédiments du mois de février au niveau de la Dune du Pilat à La Teste-de-Buch
Crédit photo : ONF

Cette évolution plutôt favorable de l’état des plages contraste avec des phénomènes d’accentuation d’érosions anciennes ou l’apparition de nouvelles entailles. De tels phénomènes ont été remarqués au niveau de la plage de La Lagune, de la plage Nord de La Salie, au Wharf et au sud de la zone militaire du Trencat. Dans ces zones, les hauteurs de falaises sont comprises entre 2 et 8 mètres et le trait de côte recule de 4 à 10 mètres. Ces évolutions rapides restent néanmoins « classiques » dans ce secteur situé près d’une embouchure.

Evolution de la plage de La Lagune, accès plage Sud (La Teste-de-Buch), entre mai 2018 et février 2019
Crédits photos : ONF

Nord des Landes

La station balnéaire de Biscarrosse connaît une situation fortement érosive sensiblement équivalente à celle de l’hiver 2013-2014, bien que de moindre ampleur. Les ensablements amortissent ou limitent les érosions mais les plages sont très basses. Devant les « Chalets » et le Grand Hôtel de la Plage, le niveau de plage est environ 1 à 5 mètres en dessous du niveau de l’hiver dernier. Cela entraine des reculs de 8 à 10 mètres du pied de dune. En fin d’hiver 2013-2014, les reculs constatés approchaient les 20 mètres.

Evolution du niveau de la plage devant les « Chalets » et le Grand Hôtel de la Plage de Biscarrosse entre janvier 2018 et février 2019
Crédits photos : ONF

De Biscarrosse à Mimizan, les plages présentent une pente encore marquée et les hauts de plages sont globalement plus ensablés. Quelques érosions ponctuelles sont observées sur ce linéaire.

Sud des Landes

De Contis à Capbreton, le niveau des plages est assez bas et celles-ci présentent des profils très plats. Les derniers coups de vent ont permis un engraissement du haut de la plage avec une reformation des coins sableux. Des entailles d’érosion de faible amplitude ont été détectées sur ce tronçon, notamment au sud du plan plage du Cap-de-l’Homy, au nord de la plage de la « Lette blanche », au niveau de l’accès plage de Messanges Nord, du Courant d’Huchet et au Sud de Soustons.

Plus au sud, de Labenne à Tarnos, l’altitude des plages a légèrement baissé mais elles gardent un profil bombé et les érosions dunaires restent très rares.

Côte Basque

Pour la côte rocheuse basque, bien qu’aucune observation de terrain n’ait été réalisée spécifiquement par l’Observatoire de la Côte Aquitaine ces dernières semaines, il ne semble pas qu’il y ait eu d’érosion côtière forte. Les plages ont toutefois été remodelées et localement abaissées. Des submersions marines par paquet de mer ont été constatées sur l’ensemble du littoral, générant des fermetures de plage et le déploiement de mesures de protection comme sur la Grande Plage de Biarritz (big-bags, reprofilage). Les conditions météo-marines de la première partie de saison hivernale ont occasionné, sur les falaises basques, plusieurs instabilités ou reprises d’activité notamment :

  • la poursuite du glissement de terrain ayant impacté les falaises d’Erretegia à Bidart ;
  • une reprise du glissement du terrain ayant impacté les falaises de la plage du Centre à Bidart ;
  • l’effondrement de la digue maçonnée, du parapet et du promenoir piéton de la plage de Bidart Centre, menaçant la stabilité et l’accès sécurisé au site ;
  • et l’effondrement et fermeture d’une partie du sentier du littoral au niveau de l’émissaire d’Erromardie à Saint-Jean-de-Luz.

L’ensemble de ces informations, apportées par les membres du Réseau tempêtes de l’OCA, confirment la bonne résistance du littoral dans un contexte climatique hivernal favorable, avec seulement cinq périodes perturbées entrecoupées d’une longue période anticyclonique au mois de février 2019.
Les prochains événements météorologiques sont donc à surveiller durant les mois de mars et avril, notamment s’ils se conjuguent avec des forts coefficients de marées. Une succession plus importante d’événements tempétueux auraient des conséquences néfastes sur l’état du littoral aquitain, notamment sur les secteurs sensibles et déjà impactés ces dernières semaines, à savoir Soulac-sur-Mer, Vendays-Montalivet, Lège-Cap-Ferret, La Teste-de-Buch et Biscarrosse.

[1Le paléosol est un sol ancien formé dans des conditions de climat et de végétation différentes de l’actuel et enterrés sous les dépôts épais plus récents (sols fossiles), ou ayant évolué au cours du quaternaire et du tertiaire (sols polycyclique).

[2Une berme est un corps sédimentaire sableux de plage situé sur la zone supérieure de battement de la houle, créé lors des périodes d’engraissement de plage par des houles calmes et régulières. Plusieurs bermes peuvent se succéder sur un profil de plage.