A la fin de l’hiver et avant les grandes marées, quel est l’état des plages aquitaines ? 1er mars 2018

Pour l’Observatoire de la Côte Aquitaine (OCA), l’hiver 2017-2018 a été un hiver « normal ». Tel est le bilan en cette fin de saison hivernale et avant un week-end de grandes marées, dont les conditions météorologiques ne devraient pas trop impacter le littoral aquitain.

Après l’hiver 2013-2014 et sa succession exceptionnelle de tempêtes, les hivers suivants ont été relativement cléments en Aquitaine en ce qui concerne l’érosion côtière. Cependant, les trois tempêtes hivernales (BRUNO, CARMEN et ELEANOR), survenues entre décembre 2017 et janvier 2018, ont fragilisé le littoral mais dans des proportions « normales » pour la saison. Certains secteurs en érosion chronique ont notamment subi un abaissement assez important du niveau des plages et des érosions assez marquées en période de forts coefficients de marée : le Nord Médoc, la Pointe du Cap-Ferret, quelques sites de la commune de La Teste-de-Buch et le sud des Landes notamment Capbreton. Les fortes pluviométries hivernales ont également contribué à des mouvements de terrain des falaises du Pays basque, notamment à Bidart. Mais d’une manière générale, l’absence d’événement de grande ampleur faisant suite à ces tempêtes a permis de limiter les dégâts liés à l’érosion jusqu’alors. Toutefois, la saison des houles hivernales n’étant pas terminée, la vigilance de l’Observatoire de la Côte Aquitaine reste de mise.

Le Sud de l’Aquitaine résiste un peu mieux que le Nord

Dans la partie médocaine du littoral sableux Aquitain, une baisse généralisée du niveau des plages, causée par l’érosion marine, est observée cet hiver. Cette diminution varie de 1,5 à 3 mètres suivant les secteurs : 1,5 m au Verdon, 2 m de Soulac-sur-Mer à Naujac-sur-Mer, 3 m à Hourtin et 1,5 m plus au Sud. Cet abaissement se traduit sur les hauts de plage par le creusement de microfalaises et l’apparition ponctuelle de sols fossiles, en particulier au Nord de la zone : Soulac-sur-Mer, Montalivet, Hourtin… et se poursuit jusqu’à Lacanau. En outre, cette érosion génère un recul du pied de dune modéré et généralisé sur le Nord Médoc.

Apparition de sols fossiles à Montalivet
Crédit photo : ONF
Blockhaus au nord de Lacanau, la clôture du haut de plage était presque ensevelie en début d’hiver et jusqu’à fin décembre
Crédit photo : ONF

En dehors des zones du Nord Médoc en érosion chronique, les érosions dunaires, d’origine marine, sont observées de façon très ponctuelle en particulier face à des baïnes très creuses et très proches du pied de dune, comme par exemple au droit de l’accès plage de la Garonne (Lège-Cap-Ferret) où on note une falaise d’environ 8 m de hauteur avec un recul estimé à 10 m.

Le contexte particulier de la Pointe du Cap-Ferret est à noter. En effet à la suite de forts phénomènes d’érosion en fin d’année 2017, l’arrivée d’un crochon sableux [1] itinérant a permis, depuis le début de l’année, la reconstitution d’une large plage, avec un accroissement du niveau de la plage d’environ 1,5 m.

Erosion dunaire marquée sur le site du Petit Nice à La Teste-de-Buch
Crédit photo : ONF

Du sud du Bassin d’Arcachon jusqu’à Capbreton, la hauteur des plages a en moyenne baissé d’environ 1,5 m. L’importance du phénomène décroit du nord au sud. De façon générale, les bermes [2] ont disparu, mais les plages gardent un profil de pente marqué qui leur permet de jouer encore un rôle potentiel de protection. En effet, les coins sableux [3] se sont maintenus ou sont en cours de reconstitution. En dehors de la commune de La Teste-de-Buch où des érosions dunaires marquées sont observées par endroits (de la Corniche au Petit Nice ; du Petit Nice sud à la Lagune Nord et de la Salie Sud au Wharf), les érosions et l’abaissement du niveau des plages sont rares et ponctuels.

Plus au sud, sur les communes de Ondres et Tarnos, les plages ont légèrement baissé de niveau, mais les bermes d’arrière plage se sont maintenues, avec la présence de coins sableux marqués. Dans ce secteur des Landes, les plages conservent un profil favorable.

Les falaises du littoral basque ont été touchées ces dernières semaines par plusieurs mouvements de terrain, dont notamment deux glissements de terrain survenus sur le territoire de Bidart (64). Ces instabilités, au sujet desquelles l’OCA a émis un constat de situation avec des recommandations, témoignent des processus d’érosion et de recul du trait de côte affectant cette partie du littoral aquitain.

Sur le secteur d’Erretegia Nord, une instabilité est survenue les 30 octobre et 1er décembre 2017, sur un linéaire de côte de l’ordre de 170 m. L’occurrence de cet événement a été favorisée par les fortes pentes de la falaise et la nature des matériaux la constituant. Les conditions de mer (sans caractère « anormal » pour le secteur et la période de l’année) n’ont probablement pas eu d’effet direct sur son déclenchement. A contrario, les pluies marquées du mois de novembre 2017 ont été selon toute vraisemblance le déclencheur. Selon le site Météo Ciel, le cumul pluviométrique sur le poste de Biarritz est de 59 mm du 28 au 30/11 et de 25 mm pour la seule journée du 30/10 (jour de la rupture).

En partie nord de la plage du centre de Bidart (700 m environ au Sud du site précédent), un vaste glissement de terrain profond s’est déclaré, semble-t-il aux premiers jours de janvier 2018, et s’est prolongé sur au moins plusieurs jours, affectant une superficie évaluée à environ 6500 m² et causant des désordres aux aménagements situés en haut de plage : enrochements de sommet de plage, plate-forme d’atterrissage pour hélicoptère, cale d’accès à la plage notamment. Le phénomène est en premier lieu lié à la nature des matériaux en présence et aux fortes précipitations survenues au cours des semaines précédant la rupture. D’après le site Météo Ciel, il est tombé sur le poste de Biarritz 217 mm au cours du mois de décembre 2017 dont plus de 70 mm la dernière semaine, et 302,3 mm en janvier 2018 dont 213 mm au cours des 15 premiers jours. Ces cumuls mensuels sont significativement supérieurs aux normales enregistrées sur Biarritz sur la période 1981-2010, respectivement de 150,4 mm et 128,8 mm pour décembre et janvier. Décembre 2017 a été le deuxième mois de décembre le plus pluvieux enregistré sur Biarritz depuis 1990. Des cumuls remarquables de 60,7 mm et de 72,2 mm ont été respectivement relevés sur les périodes du 25 au 28 décembre (96 h) et du 5 au 6 janvier (48h).

De manière générale, les levés annuels post-hivernaux (réalisés d’avril à juin) de l’OCA permettront de quantifier ces observations tant d’un point de vue de l’altitude des plages et des dunes que de l’évolution du pied de dune. Ces levés sont essentiels afin d’enrichir la connaissance de l’évolution de la côte et ainsi améliorer les expertises et les prévisions d’érosion.

Surveiller le littoral, une mission de l’Observatoire de la Côte Aquitaine depuis 20 ans

La Région Nouvelle-Aquitaine et l’État ont été, il y a plus de 20 ans, à l’origine de l’Observatoire de la Côte Aquitaine (OCA), projet environnemental et scientifique majeur et unique en France pour la surveillance du littoral.

« La façade aquitaine est l’une des moins artificialisées de France. Elle est la deuxième façade métropolitaine la plus affectée par l’érosion. Or, c’est la deuxième Région littorale la plus attractive. Il était donc indispensable, et il l’est encore plus aujourd’hui, d’intégrer l’évolution morphologique du littoral dans la gestion des territoires littoraux, explique Vital BAUDE, délégué au littoral pour la Région Nouvelle-Aquitaine. Il importe de posséder une connaissance très fine du littoral face aux risques pour les personnes et les biens. C’est le sens du projet qui a conduit à la création de l’Observatoire de la Côte Aquitaine. Depuis 1996, sous la conduite de l’État et de la Région, avec l’appui scientifique et technique du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et de l’Office national des forêts (ONF), l’OCA a développé des innovations techniques, multiplié les expertises, recueilli des données, formé des spécialistes reconnus, pour précisément permettre aux décideurs d’intégrer l’évolution du littoral dans leurs projets de territoire, et cela en assurant la surveillance du littoral en mouvements constants. »

Aujourd’hui, l’expertise de l’OCA est sollicitée pour tout projet d’aménagement sur le littoral : les dossiers portés ou suivis par l’Etat, l’Europe, la Région Nouvelle-Aquitaine, les collectivités …font l’objet d’un avis scientifique de l’OCA, qui en confirme la viabilité face aux risques et l’exigence d’une gestion durable. C’est le seul exemple français de gestion à échelle régionale sur près de 300 km de côtes.

« L’observation terrain régulière et continue est précieuse pour nous, acteurs et décideurs du littoral, poursuit Vital BAUDE. Elle est complémentaire aux mesures réalisées par instrumentation technique (levés DGPS, LiDAR…) et elle offre une « vérité de terrain » nécessaire aux outils de modélisation de l’évolution du littoral. C’est dans ce sens que l’Observatoire de la Côte Aquitaine a lancé son Réseau tempêtes en 2016. En complément des réseaux d’alerte institutionnels (Météo France), il a pour objectifs d’automatiser la veille sur les prévisions météo-océanographiques ; d’informer sur les risques d’érosion ou de submersion marine avant et après la tempête auprès des partenaires de l’OCA et des collectivités bénéficiaires ; et à plus long terme, de consolider la prévision des processus conduisant à l’érosion et la submersion du littoral. »

Le réseau s’appuie sur l’expertise d’une trentaine d’observateurs, dont les agents de l’ONF, du BRGM, du Syndicat intercommunal du Bassin d’Arcachon (SIBA) et des partenaires scientifiques de l’OCA : les laboratoires EPOC (université de Bordeaux - CNRS), SIAME (université de Pau et des pays de l’Adour), le Centre de la Mer de Biarritz.

Pour plus d’informations, le communiqué de presse est téléchargeable ci-dessous.

[1Un crochon sableux est un banc de sable qui vient s’accoler à une flèche sableuse (exemple de la Pointe du Cap-Ferret).

[2Une berme est un corps sédimentaire sableux de plage situé sur la zone supérieure de battement de la houle, créé lors des périodes d’engraissement de plage par des houles calmes et régulières. Plusieurs bermes peuvent se succéder sur un profil de plage.

[3Un coin sableux est un dépôt de sable sur le haut de plage.

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Type Titre Chargé le Poids
CP Observatoire de la Côte Aquitaine 01_03_18 01/03/2018 916.1 ko