Les risques côtiers

Un risque naturel se définit comme le croisement entre un aléa et des enjeux. Un aléa est la manifestation d’un phénomène d’origine naturel susceptible de produire des dommages se caractérisant par une occurrence, une intensité, une emprise spatiale et une durée, tandis que les enjeux sont l’ensemble des personnes et des biens susceptibles d’être affectés par l’aléa. Un aléa naturel comme l’érosion côtière, la submersion marine ou l’avancée dunaire ne devient un risque que si des enjeux sont présents.

Ceux-ci peuvent être de plusieurs natures : économiques, humains, sociaux, environnementaux… Il peut s’agir par exemple de bâtiments, d’habitations, d’activités économiques diverses, de réserves naturelles… En Aquitaine, les aléas côtiers sont de trois types : l’érosion côtière, la submersion marine et l’avancée dunaire.

Crédit : Graphies / MEDD - DPPR

Qu’est-ce que l’érosion côtière ?

C’est un phénomène naturel qui se définit comme une perte de matériaux vers la mer touchant tous les types de littoraux, qu’ils soient sableux, vaseux ou rocheux. Il résulte des effets combinés de la marée, de la houle et des courants induits, des vents et des processus continentaux (par exemple pluie, ruissellement, gel…), ainsi que du déficit des sédiments côtiers. Lorsqu’elle touche les falaises rocheuses, on parle plutôt de mouvements de terrain (ex. : éboulement, glissement).

L’érosion se traduit par un recul du trait de côte [1] et/ou un abaissement du niveau des plages, temporaire(s) ou permanent(s), avec la disparition progressive des stocks sédimentaires.

Les apports sédimentaires récents sur le littoral aquitain ont atteint leur maximum pendant le dernier stade glaciaire (le Würm), quand le niveau marin se situait 120 m environ en-dessous de sa position actuelle. La plateforme continentale était alors largement exondée et les fleuves charriaient des sédiments grossiers selon des volumes considérables. Au fur et à mesure de la transgression, la capacité de transport sédimentaire des fleuves a diminué. Cette évolution progressive s’est traduite par une modification du type de dépôts sédimentaires : les galets ont été remplacés par des sables. C’est à la fin de cette remontée, vers 6 000 ans environ BP (avant le présent), quand le niveau marin s’est globalement stabilisé aux alentours de sa position actuelle, que les plages contemporaines se sont formées sous l’action des vagues. À l’heure actuelle, on considère que les apports de sables fluviaux sont négligeables par rapport aux volumes transportés par les processus dynamique littoraux. Ce déficit de sédiments côtiers est probablement la cause majeure de l’érosion en Aquitaine.

Certaines activités humaines et aménagements du territoire peuvent avoir un rôle aggravant sur l’érosion côtière : par exemple, les ouvrages de protection (digues, épis…) permettent de maîtriser l’érosion localement et de manière temporaire, mais ils ont généralement des effets négatifs sur les côtes voisines. Le tourisme balnéaire peut également favoriser l’érosion côtière en fragilisant les dunes par le piétinement par exemple.

En fragilisant la base des ouvrages et en attaquant les cordons dunaires ou les marais maritimes, l’érosion côtière peut augmenter le risque de submersion marine. En Aquitaine, les 270 km du linéaire côtier sont majoritairement en érosion dont plus de 25 % sont particulièrement vulnérables.

Crédit : Observatoire de la Côte Aquitaine

Qu’est-ce que la submersion marine ?

« Les submersions marines sont des inondations temporaires de la zone côtière par la mer lors de conditions météorologiques et océaniques défavorables (basses pressions atmosphériques et fort vent d’afflux agissant, pour les mers à marée, lors d’une pleine mer) ; elles peuvent durer de quelques heures à quelques jours (Guide méthodologique, ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, mai 2014) ». Elles sont le plus souvent associées à des surélévations temporaires du niveau de la mer lors de tempêtes ou de cyclones, voire de tsunamis.

Autrement dit, il s’agit d’un phénomène naturel, principalement lié aux conditions de marée, d’états de mer (houles et vagues), de vent et de pression atmosphérique, qui se définit comme l’inondation temporaire ou définitive de la zone côtière par la mer. La submersion marine intervient selon 3 modes : par rupture d’ouvrages ou de cordons dunaires, par débordement (surverse) ou par franchissement de paquets de mer. Elle est souvent temporaire lors de tempêtes (lors de Xynthia, certains territoires sont restés inondés plus de 15 jours) mais parfois définitive si la topographie est modifiée par surélévation du niveau moyen de la mer ou par l’affaissement de terrains en bordure littorale. Dans ce cas, elle se traduit par un recul du trait de côte.

Exceptionnellement, le phénomène de submersion marine peut se produire lorsque des vagues de forte amplitude (tsunamis) envahissent le littoral lors de glissements sous-marins ou de séismes.

Crédit : BRGM

Explication du schéma ci-dessus : Le niveau moyen du plan d’eau (ou niveau statique) lors d’une tempête résulte de la contribution de la surcote atmosphérique, de la surcote des vagues et de la marée. Elle est de type semi-diurne en France métropolitaine (2 cycles de pleine mer et basse mer par jour). La différence de hauteur entre une pleine mer et une basse mer, appelée le marnage, peut atteindre plusieurs mètres. On distingue alors les côtes macrotidales (marnage supérieur à 4 m), mésotidales (2 à 4 m de marnage) et microtidales (marnage inférieur à 2 m). En Nouvelle-Aquitaine, les marées sont de type macrotidales avec des marnages compris entre 4 et 6 m. Enfin, le niveau instantané du plan d’eau dépendra du jet-de-rive (swash), c’est-à-dire le flux et le reflux des vagues sur l’estran. On appelle runup la cote maximale atteinte par la mer au-dessus d’un niveau de référence (ex. le zéro hydrographique).

En Aquitaine, la submersion concerne essentiellement les zones basses estuariennes (certains secteurs de l’Adour, de la Gironde, des courants landais…) et lagunaires (pourtour du Bassin d’Arcachon…) ainsi que certaines plages du Pays basque (Grande Plage de Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye…).

Submersion par débordement ou surverse lorsque le niveau marin moyen atteint est supérieur à la crête des ouvrages ou des cordons dunaires
Submersion par franchissement lorsque des paquets de mer (projections de gerbes d’eau causées par le déferlement des vagues) se répandent de manière répétée en arrière des ouvrages ou des cordons dunaires
Submersion par rupture d’un ouvrage côtier ou d’une défense naturelle faisant office de digue

En Aquitaine, la submersion concerne essentiellement les zones basses estuariennes (certains secteurs de l’Adour, de la Gironde, des courants landais…) et lagunaires (pourtour du bassin d’Arcachon…) ainsi que certaines plages du Pays basque (Grande Plage de Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye…).

Qu’est-ce que l’avancée dunaire ?

Par avancée dunaire, on entend la progression d’un front de dune vers l’intérieur des terres. Ce phénomène résulte du déplacement du sable sous l’effet du vent. Il s’observe en milieu côtier où des stocks sédimentaires sont disponibles.

Sur les côtes atlantiques, les vents dominants marins en provenance de l’ouest ont tendance à transférer le sable de la plage vers la dune puis de la dune vers l’intérieur des terres. Il y a ainsi un risque d’ensablement de l’arrière-pays auquel s’ajoute un déficit sédimentaire de la plage qui en retour favorise le recul du trait de côte.

En Aquitaine, l’avancée dunaire s’observe sur l’intégralité de la côte sableuse (de la Pointe du Médoc à l’embouchure de l’Adour) avec quelques secteurs emblématiques comme à Montalivet, la flèche du Cap-Ferret ou la dune du Pilat.

Vue aérienne de la dune du Pilat
Crédit photo : Observatoire de la Côte Aquitaine / Com' by AVM

Chiffres clés sur le recul du trait de côte en Aquitaine

Sur la côte sableuse (de la Pointe du Médoc à l’embouchure de l’Adour), on observe un recul moyen de :

  • 2,5 m / an en Gironde ;
  • 1,7 m / an dans les Landes.

L’érosion chronique ainsi estimée sur la côte sableuse est de l’ordre d’en moyenne 20 et 50 m pour les horizons 2025 et 2050 respectivement, à laquelle s’ajoute un recul lié à un événement majeur en général de l’ordre de 20 m.

La superficie du littoral exposé à l’aléa érosion sur la côte sableuse s’élève à :

  • 10,9 km², soit près de 991 terrains de football à l’horizon 2025 ;
  • 20,6 km², soit l’équivalent de 1873 terrains de football à l’horizon 2050.

Sur la côte rocheuse (de l’embouchure de l’Adour à celle de la Bidassoa), les reculs sont moins conséquents, le taux d’évolution moyen étant de 25 cm / an. Il faut néanmoins souligner qu’à la différence de la côte sableuse, l’érosion au niveau des falaises se manifeste essentiellement par à-coups (éboulements, glissements). Le recul du trait de côte est donc souvent brutal et conséquent.

Aux horizons 2025 et 2050, les valeurs moyennes de recul sur les secteurs rocheux sont respectivement de l’ordre de 10 m et 27 m en incluant un événement de mouvement de terrain majeur. Les surfaces exposées à l’aléa érosion sur la côte rocheuse sont de :

  • 0,47 km² à l’horizon 2025 ;
  • 1,12 km² à l’horizon 2050.

Risques et changement climatique

A l’échelle des temps géologiques, le climat de la planète n’est pas stable mais variable avec des alternances de périodes froides (périodes glaciaires) et de périodes chaudes (périodes interglaciaires). Cette variabilité climatique naturelle s’explique par les changements lents de l’orbite de la Terre dus aux interactions avec les autres planètes du système solaire (théorie de Milankovitch). Ces variations climatiques se traduisent par des variations de températures spectaculaires. Celles-ci entrainent à leur tour une variation du volume des glaces polaires et donc une variation du niveau de la mer. Par exemple, depuis la fin de la dernière période glaciaire il y a environ 18.000 ans, le niveau de la mer est remonté de 120 m.

Nous sommes actuellement dans une période interglaciaire et le niveau de la mer est resté à peu près stable depuis environ 6.000 ans. Cependant, depuis le début de l’ère industrielle, un réchauffement climatique général lié aux activités humaines, et plus spécifiquement aux émissions de gaz à effet de serre (GES), est observé à l’échelle mondiale. Les océans se dilatent, tandis que les glaciers de montagne et les calottes polaires fondent. Le niveau moyen de la mer s’est ainsi élevé d’environ 20 cm à l’échelle du globe depuis la fin du XIXème siècle.

Malgré des incertitudes sur son ampleur et sa vitesse, la poursuite de l’élévation du niveau de la mer est inéluctable et ce, même si les émissions de GES cessaient aujourd’hui (phénomène d’inertie du système climatique). En l’absence de mesures d’adaptation, cette élévation entraînera inévitablement des submersions marines plus fréquentes et plus intenses lors des tempêtes au cours des prochaines décennies. Le recul du trait de côte, notamment des plages sableuses, sera également favorisé.

Quelques chiffres sur l’élévation du niveau de la mer

Observations : Le niveau de la mer, stable sur les derniers millénaires, s’élève depuis 1870. Vitesse moyenne d’élévation en Aquitaine : 2 mm / an environ depuis 1942

Projections : Le niveau de la mer continuera à s’élever en s’accélérant, y compris après 2100. Projections d’élévation globale pour la fin du siècle (fourchette probable, qui n’exclue pas des valeurs plus élevées) :

  • 30-60 cm (scénario avec politique climatique visant à faire baisser les concentrations en CO2)
  • 50-100 cm (scénario sans politique climatique)

D’autres modifications induites par le changement climatique pourraient également être des facteurs aggravants de l’érosion côtière, de l’avancée dunaire ou de la submersion marine. C’est le cas notamment d’une modification des régimes de précipitations, de vagues, de vents et de tempêtes (e.g. saisonnalité, intensité, fréquence…) qui pourrait advenir à la suite d’un changement des variations atmosphériques à l’échelle du bassin atlantique. Néanmoins, en l’état des connaissances actuelles, les évolutions anticipées de ces régimes pour les prochaines décennies ne laissent pas présager d’impacts significatifs sur les aléas littoraux.

[1Le SHOM (Service hydrographique et océanographique de la Marine) définit le trait de côte comme le niveau des plus hautes mers dans le cas d’une marée de coefficient 120 et dans des conditions météorologiques normales : pas de vent du large, pas de dépression atmosphérique. Néanmoins, dans le cadre des travaux de l’OCA, une définition plus pratique du trait de côte est adoptée, répondant à des critères géomorphologiques permettant de faciliter sa cartographie en Aquitaine.

Pour la côte sableuse : séparation entre la dune et la plage correspondant, selon la configuration géomorphologique, à l’un ou plusieurs des indicateurs suivants : pied de falaise dunaire, rupture de pente topographique, limite de végétation dunaire, ouvrage de protection longitudinal.

Pour la côte rocheuse : séparation entre la falaise et l’estran (espace côtier situé entre les limites de haute et de basse mer) correspondant, selon la configuration géomorphologique, à l’un des indicateurs suivants :

  • sommet de falaise rocheuse,
  • pied de falaise rocheuse (si mesure du sommet délicate, dépend de la méthode de mesure),
  • ouvrage de protection longitudinal,
  • mêmes indicateurs que pour la côte sableuse, si le site étudié est en fond de baie.

Pour les zones humides côtières vaseuses (marais maritimes, lagunes, lacs, estuaires, etc.) : limite entre le schorre et la végétation continentale.

Un schorre ou pré salé est une étendue naturelle plane à végétation basse située à proximité du bord de mer, inondée par les eaux salées uniquement lors des hautes marées. Il correspond à la partie de l’estran qui va de la partie supérieure de l’étage médiolittoral à la partie inférieure de l’étage supralittoral et forme ainsi la frange haute des marais maritimes. Les schorres se développent en amont de la zone de vasière littorale qui reste généralement nue en région tempérée (la slikke) ou qui est colonisée par des palétuviers en région tropicale (la mangrove).

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Type Titre Chargé le Poids
Plaquette sur les risques littoraux 15/03/2017 6 Mo
Plaquettes risques naturels 15/03/2017 5 Mo